Zones de vol drone : maîtriser Géoportail et AlphaTango
« C’est vert sur la carte, on décolle ? » J’entends cette phrase chaque semaine en formation.
Maîtriser les zones de vol drone passe par deux outils officiels : la carte des restrictions UAS sur Géoportail, qui affiche zone par zone les interdictions et les hauteurs maximales de la catégorie Ouverte, et AlphaTango, le portail DGAC où vous vous enregistrez comme exploitant. Le premier répond à « où voler », le second à « qui vole ». Aucun des deux ne suffit seul.
Et c’est précisément là que les ennuis commencent. Entre ces deux outils, il reste un angle mort dans lequel je vois tomber des stagiaires — et pas seulement des débutants — depuis douze ans.
Deux outils, deux questions différentes
Avant les pièges, le tri. Pour vérifier une zone de vol drone en France, trois sources officielles se partagent le travail — et chacune répond à une question que les deux autres ignorent :
| Outil | Qui le publie | Ce qu’il vous apprend | Quand le consulter |
|---|---|---|---|
| Géoportail (couche « Restrictions UAS catégorie Ouverte et aéromodélisme ») | IGN, à partir des données de la DGAC | Zones interdites et hauteurs maximales pour la catégorie Ouverte | À chaque préparation de vol |
| AlphaTango | DGAC | Votre enregistrement d’exploitant, votre numéro UAS, vos déclarations | À l’inscription, puis à chaque évolution de votre activité |
| SUP AIP et NOTAM (SIA) | Service de l’information aéronautique | Les restrictions temporaires : exercices militaires, événements, déplacements officiels | La veille et le matin du vol |
Retenez la logique : Géoportail pour l’espace permanent, le SIA pour le temporaire, AlphaTango pour votre existence administrative.
Géoportail : lisez la carte au point, pas à la commune
Ouvrez Géoportail, activez la couche dédiée aux restrictions UAS, et zoomez. Vraiment. La première réaction des stagiaires est de regarder la carte à l’échelle du département, de voir du rouge autour des grandes villes et d’en tirer des conclusions globales. Erreur de méthode.
Cette carte se lit au point précis. Cliquez sur l’emplacement exact de votre décollage : la fenêtre vous donne la restriction applicable et la hauteur maximale à cet endroit. Deux rues plus loin, la règle peut changer. Autour d’un aérodrome, les hauteurs autorisées évoluent souvent par paliers concentriques : le chantier de votre client et votre lieu de stationnement peuvent se trouver dans deux paliers différents.
Deux réflexes que je transmets à tous mes groupes :
- La capture d’écran datée. Le jour du vol, capturez la carte centrée sur votre zone, date visible, et archivez-la dans votre dossier de mission. En cas de contrôle ou de litige, vous prouvez l’état de la carte au moment où vous avez préparé le vol. Ça prend dix secondes et ça a déjà évité des discussions compliquées.
- La double vérification J-7 / J-0. Vérifiez la zone au moment du devis, puis revérifiez le matin du vol. Entre les deux, un SUP AIP a pu tomber : un exercice militaire ou un grand événement peut fermer temporairement une zone que la carte affichait sans restriction la semaine précédente.
Et méfiez-vous du géorepérage embarqué. Les cartes intégrées par les constructeurs de drones ne recouvrent pas la carte réglementaire française : votre machine peut vous laisser décoller dans une zone interdite, ou au contraire vous bloquer là où vous avez parfaitement le droit de voler. Le géorepérage est une aide, jamais une référence. La référence, c’est Géoportail plus le SIA.
AlphaTango : cinq minutes qui conditionnent tout le reste
AlphaTango, c’est le portail d’enregistrement de la DGAC. C’est là que vous créez votre compte d’exploitant et que vous obtenez votre numéro d’exploitant UAS — celui qui doit être apposé sur chacune de vos machines.
Conseil de terrain : fixez ce numéro proprement sur le drone (étiquette résistante ou gravure, pas un bout de scotch), et gardez le certificat d’enregistrement en PDF sur votre téléphone, consultable hors ligne. Sur un chantier en zone blanche, « c’est sur mon ordinateur au bureau » ne convainc personne.
AlphaTango n’est d’ailleurs qu’une pièce du puzzle réglementaire. Le jour où vous voudrez étaler le puzzle en entier — catégories, obligations, ordre des démarches — il est posé à plat dans notre guide de la réglementation drone en France.
L’erreur classique : « c’est vert, donc j’ai le droit »
Scénario classique : un artisan prépare une inspection de toiture pour un client. Il ouvre Géoportail, la zone semble dégagée, il en conclut que le vol est autorisé. Il confond deux choses distinctes.
La carte Géoportail décrit l’espace aérien pour la catégorie Ouverte. Elle ne dit rien de la légalité de votre opération : survol de tiers, environnement peuplé, vol hors vue, conditions propres à votre exploitation… Une zone « sans restriction particulière » sur la carte peut très bien être un endroit où votre vol, tel que vous l’avez conçu, n’est pas autorisé dans la catégorie où vous pensiez opérer.
La correction tient en une phrase : la carte vous dit où l’espace aérien est contraint, votre catégorie d’exploitation vous dit comment vous avez le droit de voler. Deux vérifications séparées, dans cet ordre : d’abord ma catégorie et mes conditions d’exploitation, ensuite la carte. Rappel utile au passage : survoler une zone interdite expose à des sanctions pénales prévues par le code des transports (article L.6232-4).
Missions professionnelles : la Spécifique change la grille de lecture
Le texte de référence, c’est le règlement européen 2019/947. Mais oubliez la récitation de manuel : sur le terrain, la question se pose autrement. Vol simple, en vue, sous les hauteurs affichées par la carte ? Vous êtes en catégorie Ouverte — sous-catégories A1, A2, A3, celles que couvre justement Géoportail. Inspection en environnement peuplé, vol hors vue ? Là, vous quittez le plus souvent l’Ouverte pour la Spécifique : scénario standard STS, PDRA ou étude SORA selon l’opération. Reste la Certifiée, troisième catégorie du règlement — des opérations d’un tout autre calibre, que vous ne croiserez probablement pas de sitôt. L’essentiel tient en une ligne : une bonne partie des missions qui font vivre un télépilote se joue en Spécifique.
Depuis le 1er janvier 2026, les scénarios nationaux S1, S2 et S3 ont disparu. Le cadre est désormais européen : STS-01 pour le vol en vue avec un drone de classe C5, y compris en environnement peuplé, et STS-02 pour le vol hors vue avec un drone de classe C6. En catégorie Spécifique, le MANEX — le manuel d’exploitation — est obligatoire : notre guide du MANEX détaille ce qu’il doit contenir.
Côté théorie, l’examen CATS se passe auprès de la DGAC, avec inscription sur le portail OCEANE : un QCM de 40 questions en 1 heure, avec 75 % de bonnes réponses exigées. Il n’est jamais « inclus » dans une formation — on vous y prépare, puis vous le passez. La lecture de carte, les catégories et l’espace aérien font partie des thèmes travaillés dans notre préparation au CATS.
Questions qu’on me pose en formation
Géoportail suffit-il pour préparer un vol professionnel ?
Non. Il couvre les restrictions permanentes de la catégorie Ouverte. Pour une mission professionnelle, ajoutez au minimum : les restrictions temporaires (SUP AIP, NOTAM), la vérification de votre cadre d’exploitation en catégorie Spécifique, et votre MANEX à jour.
Les scénarios S1, S2, S3 existent encore ?
Non. Ils ont été supprimés au 1er janvier 2026. Le cadre applicable est européen : catégorie Ouverte, ou catégorie Spécifique avec les scénarios standards STS-01 (vol en vue, classe C5) et STS-02 (vol hors vue, classe C6).
Concrètement, je vérifie quoi le matin d’un vol ?
Ma routine, dans l’ordre : le point exact du décollage sur Géoportail, les SUP AIP et NOTAM du jour sur le site du SIA, mon enregistrement et mon numéro d’exploitant à jour sur AlphaTango, la météo, puis la capture d’écran datée pour le dossier. Cinq minutes, pas plus — mais cinq minutes systématiques.
Ces réflexes — lire la carte au point, vérifier deux fois, garder la preuve — ne s’improvisent pas devant le client. C’est exactement ce qu’on fait répéter, drone en main, sur le terrain du campus de Marcq, dans les Yvelines. Plus de 3 000 pilotes de drone formés depuis 2014 : derrière ce chiffre, il y a d’abord des habitudes de préparation transmises une par une. Vous construisez votre activité ? Prenez les étapes dans l’ordre : notre guide pour devenir télépilote pour poser le cadre, puis les formations drone pour choisir celle qui colle à votre projet.
Articles liés
Besoin d'un télépilote professionnel ?
DRONECORP met en relation un réseau de télépilotes vérifiés avec des clients dans toute la France. BTP, audiovisuel, thermographie, topographie — devis gratuit rapidement.
Formation recommandée
Découvrir nos formations drone
Certifications CPF RS6765 et RS6766. Financement OPCO, CPF, Régions.
Découvrir nos formations drone →Articles qui pourraient vous intéresser
Vous souhaitez devenir télépilote professionnel ?
17 formations du débutant au professionnel confirmé. Certifications CPF, spécialisations, parcours complets.
